RUSSIE : Iles Kouriles

A l'ouest du pacifique nord, sur la ceinture de feu, les iles Kouriles (Shakalines) serpentent entre l¹extreme nord du  Japon et la péninsule du Kamtchatka.
C¹est à bord d¹un voilier de 11,5m le « Dumbo » avec un équipage Russe que nous avons parcouru plus de 1500 km entre Yuzhno-Sakhalinsk et Petropavlosk afin d’explorer la zone et de skier sur les volcans.
Tempêtes, isolement, conditions extrêmes furent notre lot quotidien au coeur de cette nature sauvage et quasiment inexplorée.

 

Arrivés à Moscou, la plaque tournante de tous les vols internes Russes nous décollons le 27 avril pour Yuzhno-Sakhalinsk la ville à l’Est du pays où nous allons embarquer sur le voilier.

Il faut compter 8h30 de vol pour traverser cet immense territoire. Le décalage horraire à l’arrivé sera de 9h.

Yuzhno-Sakhalinsk est une ville moyenne dont les rues sont tracés au cordeau et se croisent à angle droit. Pas de réel centre ville et pas non plus de publicité. Les boutiques sont difficiles à trouver et sont souvent en sous sol. Après de longues marches dans ces artères peu esthétiques nous trouvons ce que nous cherchons. Des fusées d’alerte, des bombes anti ours et des cuissardes de pêche pour accoster sur les îles.

C’est au Mega palace hotel que nous rencontrons le reste de l’équipe. 3 russes Denis Valeriy et Ksenia la seule femme du voyage , et Leonardo l’Argentin, tous passionnés de ski et de voyages.

Nous en profitons pour manger du crabe du Kamtchatka. Ces géants qui peuvent atteindre 2m d’envergure et finir la soirée dans une boite de nuit pour ne sortir que vers 6h du matin et dormir le reste de la journée. Tout le travail du décalage horaire est a refaire !

 

Le « Dumbo », notre voilier arrivera avec du retard au port de pêche de Korsakov à 1h de route environ. Il est assigné un jour de plus pour causes de réparation du système électrique. Ce n’est pas très grave, la météo n’est pas favorable pour prendre la mer.

Après une dernière ballade dans la petit ville portuaire pour acheter nourriture et boissons nous appareillons le 30 avril pour 2 j de navigation jusqu’à la première des iles.

Le voilier de 11,5m nous attend, presque minuscule à coté de gros chalutiers.

L’embarquement n’est pas des plus simples. Nous sommes 7 et l’équipage est composé de 3 russes, ce qui fait 10 personnes dans un bateau optimisé pour 6...

Il est d’ailleurs déjà bien chargé et nous devront trouver de la place pour caser nos affaires de ski et de voyage. Les skis resteront sanglés à l’arrière du bateau au contacte du vent et des embruns. Les housses, crampons piolets chaussures finiront sous le baquettes lits et dans tous les recoins disponibles.

Nous prenons avec Thibaud et Nicolas, la chambre arrière. Le lit 2 places devra nous coucher tous les 3 et la reste de l’espace servira a empiler les sacs. Peu de place de manœuvre et presque impossible de tenir épaule contre épaule dans ce lit. Au final j’installerai un matelas gonflable pour dormir dans la coursive.

 

C’est à la nuit tombée que nous quittons le port. La mer est calme et le vent faible. La navigation se fait au moteur entre 6 et 8 nœuds de vitesse. Il fait assez froid, l’eau est à environ 2 degré. En cas de chute la survie est de 5 min. Nous ne voyons pas de bouée de sauvetage. Nous demandons au capitaine pourquoi, Il ne répondra « Avec l'eau à cette température vous avez cinq minutes de survie. Le temps de faire de demi tour et de venir vous chercher et il sera déjà trop tard ! »

La première traversée se fait sans encombre et nous croisons de nombreuses baleines et des orques. Un passager clandestin, un jeune faucon pèlerin épuisé vient se poser sur notre mat pour profiter de quelques heures de repos.

Le 2 mai vers midi nous voyons les premières montagnes enneigées. Nous accostons au port de Kurilsk.On devra y rester 3 jours à cause d’une tempête qui arrive.Les vents sont de 50 nœuds (90 km/h) et la bateau et amarré contre une paroi de béton à l’abris du vent. Les vagues font parfois plus de 2m de haut dans le port ! La ville est à 2km environ. Nous y allons pour faire un Bagna, spécialité Russe, qui est un Sauna assez chaud et légèrement humide. Les plus traditionnels sont chauffés au poel à bois. Une piscine d’eau froide sert de rafraîchissement et un massage est prodigué par un flagellation avec de rameaux feuillus. Le lendemain nous allons dans un source chaude. L’eau thermale chargés de nombreux minéraux sort très chaude et ce sont des bassins triangulaires disposés en cercles qui la recueille et sont remplis régulièrement. Après cet agréable moment nous allons déguster le Bortsch, une soupe de betteraves rouges à la crème et nous savourons du caviar rouge local et du Flétan, le poisson très commun ici.

Au matin du 3 mai, le vent souffle toujours aussi fort. Il a soufflé toute la nuit sans discontinuer. Le bateau pourtant abrité par la quai et bien amarré est secoué par les vagues et les rafales. Le moteur tourne sans discontinuer pour apporter l’énergie électrique. Le froid humide le bruit et les secousses incessantes provoquent un sommeil discontinu.

Le vent se calme enfin, la tempête était violente et nous sommes très heureux d’avoir du l’affronter dans un port ! Après avoir refait le plein d’eau nous reprenons la mer. Direction le nord. Nous devons contourner l’ile et remonter ses côtes pendant 2 jours. Nous nous approchons ensuite de l’ile de Brouton, où une cascade tombe devant nos yeux et une multiple d'oiseaux piaillent et volent dans tous les sens.

C’est en début de matinée par mer calme et ambiance brumeuse que le Dumbo rentre délicatement dans la passe de l’ile de Shimushir. Un effet miroir fait refléter les sommets couverts par un givre matinal.

Un ponton désaffecté nous permet d’accoster dans l’ancienne base et ville militaire de Craterniy. Un vraie ville fantôme ou tout est resté en l’état depuis son abandon il y a plus de 40 ans. C'est une plongée dans l’ère du grand empire soviétique où les effigies de Lénine et des images de propagande tapissent encore les murs.

 

Lundi 7 mai, après un jour de navigation tumultueuse par forte houle, nous mouillons l’encre le matin vers l’ile de Yankicha à Kraternya bay. C’est un cratère volcanique dont les sommets dépassent de 400m environ. Le première rencontre fut un renard roux , peu farouche et maître des lieux. Des fumerolles et un source chaude montre que nous sommes bien sur la ceinture de feu. L’ile est splendide, une corolle de sommets immergés entourent un piton central. Plus au large, un extrusion volcanique se dresse comme un monolithe. Une multitude d’oiseaux s’en servent de nichoirs.

 

Le 9 nous continuons la navigation encore plus au Nord. Une forte tempête arrive par le sud nous avons 24 à 48 h d’avance sur elle. Un vent fort se met à souffler et la mer forci. Le bateau est secoué dans tous les sens et on vient se mettre à l’abris du volcan et de l’ile Onekotan. Nous décidons de repartir mais après 1h de navigation nous sommes forcés de faire demi tour pour se remettre à l’abris. Finalement le vent baisse légèrement d’intensité et nous reprenons la cap. La nuit fut terrible. Nicolas a mis son harnais pour se sangler dans le lit, les secousses sont énormes et il est impossible de tenir debout. Nous étions à la limite de ce que peut affronter le Dumbo, malgré son « insubmersibilité ».

 

Au matin nous arrivons vers l’ile de Paramushir. Il fait beau, le volcan est tout blanc et nous décidons d’aller skier. Tous le monde prépare son matériel. Le plus difficile est de le retrouver car tous les espaces ont été utilisés et tout est dispatché un peu partout dans le bateau. Contrairement à nos habitudes où c'est le capitaine du bateau qui est en combinaison et qui tire le zodiaque sur la plage pour le débarquement, Cette fois-ci le capitaine reste à bord et nous devons sauter dans l’eau avec des cuissardes… La plage est faites de gros galets. Les vagues sont assez fortes Nicolas et Léonardo seront les premiers déposés mais malheureusement cette technique ne fonctionne pas et ils finissent dans l’eau. Slava revient chercher un autre groupe. Nous mettons les cuissardes et avec Ksenia nous embarquons dans le zodiac. Arrivés vers le bord à environ 300m de l’endroit ou les premiers furent déposés, le moteur s’arrête et ne repartira plus. Nous approchons de la plage et une vague retourne le Zodiac. Tout le monde tombe à l’eau. Nous arrivons sur le plage totalement mouillés. L’eau est glacée. Heureusement le soleil brille un peu et il fait plutôt doux. Malgré tout, tout est mouillé. Chaussures de ski vêtement tout…

Nicolas et Léonardo nous rejoignent quelques minutes plus tard. Nous sommes les 4 sur la plage. Thibaud Resté sur le bateau observe les opérations à la jumelle. A la vue du désastre , en tant que guide de ski, il décide d'annuler toute nouvelle dépose. La priorité est de revenir nous récupérer, malheureusement le capitaine n’a pas de point de récupération ! Nous nous retrouvons sans bombe anti-ours sans talki-walki, sans matériel de secours, sans nourriture, tout est sur le bateau dans le gros sac qui devait arriver avec la prochaine dépose. Les vagues forcissent et nous voyons de grosses traces d’ours toutes fraiches autour de nous. Le capitaine décide de chercher un point d’accostage. Le Dumbo part vers la droite et nous le perdons de vue. Il revient au bout d’une demi heure et nous fait signe de le suivre. Mauvaise décision, à l’endroit où nous sommes cela semble bien plus sécurisé. Il y a une petite accalmie toutes les 4 grosses vagues et l’embarquement même à la rame semble envisageable. Comme il est impossible de communiquer avec le bateau nous suivons les ordres et partons avec chaussures de ski aux pieds et notre équipement dans les galets pour plus de 2h de marche pour arriver dans une zone de falaise abruptes et de barres rocheuses. Nous attendons. Soudainement un gros bloc se détache et dévale un couloir enneigé et passe à quelques mètres de moi pour finir dans l’eau. Outch ! Demi tour toute vitesse nous retournons dans une zone plus propice et moins exposée. La capitaine décidément ne maitrise pas la situation. Thibaud lui a annoncé d’avance que son plan ne fonctionnerait pas mais il affirma que c’est lui qui donne les ordres et que sa solution est la meilleure. Malheureusement la zone où il souhaitait nous récupérer est derrière une barre de falaise et nous n’aurions jamais pu l’escalader sans matériel adapté. Ils réussirent alors à dépose Kolia sur la roche il se rendit bien compte que nous ne pourrons jamais arriver jusqu’à lui. Nous apprendrons par la suite qu’au cours de cette approche la quille du Dumbo heurta un rocher ! Finalement après tout ce temps perdu ils écoutent le plan de Thibaud qui est le même que le notre et le plus évident, venir nous récupérer sur la plage en zodiac… Personne de l’équipage ne semble vouloir se mouiller et finalement c’est lui qui met la combinaison et vient à la rame. Il était temps, juste au dessus de nous un ours arrive ! Il observe et commence à descendre. Les vagues rendent l’embarquement difficile. Je monte le premier et une vague nous rabat sur la plage, il faut vider le zodiac. On attend un peu, les vagues vont par series. Vite une accalmie il faut sauter dedans et ramer pour sortir des rouleaux. Je suis totalement trempé mais sain et sauf. Thibaud repart chercher les autres, Ksenia est secourue à son tour. L’ours descend toujours plus. Il gagne en assurance car le groupe diminue. Il arrive sur la plage, juste au moment où Nicolas et Léonardo montent dans le zodiac et tous se retrouvent saints et saufs. On apprend plus tard par Colia qu’il a vu des ailerons de requin dans la zone, ceci explique sans doute pourquoi personne de l’équipage ne voulait venir nous chercher !

 

Il nous faut ensuite une nuit de navigation pour arriver sur l’ile de Paramoushir dernière iles des Kouriles avant le Kamtchatka. c’est à Severo-Kourilsk.ville de 2500 hab Nous attendons ici le passage de la tempête. C’est l’occasion de prendre une douche, faire sécher les affaires et se refaire une santé avec de bons repas chauds dans le seul gite de la ville.

Un seul bar restaurant existe ici, il y a 5 lignes sur la carte des menus. Soupes, et viandes accompagnées de pomme de terre. Nous en profitions pour chercher du crabe difficile à trouver car à la limite de la légalité. Les morceaux sont énormes et on touche le kilo décortiqué à 1500 rb soit 20€.

La volcan ici crache de la cendre qui noircit toute la ville. Impossible de skier là non plus.

Il ne reste que le Kamtchatka pour glisser un peu. Nous sommes prêts à quitter le Dumbo pour partir en ferry et gagner quelques jours de navigation malheureusement le prochain est dans 1 mois ! C’est donc avec regret que nous retournons sur le voilier pour finir ce voyage en espérant malgré tout skier un peu.

Le 28 mai nous sommes enfin récompensés. Certes il fait jour blanc et la neige est lourde, mais nous pouvons enfin chausser les skis et entamer une randonnée pour faire quelques bons virages bien mérités.

Les iles Kouriles ne se domptent pas facilement et leur réputation n’est pas usurpée. En période hivernale il faut une logistique parfaite et un matériel bien mieux adapté pour affronter les tempêtes au lieu que de devoir les fuir. Il est alors possible d’attendre au large les conditions favorables pour accoster les iles les skier...

 


























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             Stéphane Godin Photographe                      

 

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